Atélie Site Franco-Argentin  

Réponse
 
Outils de la discussion Modes d'affichage
  (#1) Vieux
Milenia Déconnecté
Administrator
 
Messages: 296
Date d'inscription: janvier 2008
Par défaut Victoria Ocampo - 06/01/2008, 21h26

Villa Campo n'a pas été seulement la mythique résidence de Victoria Ocampo à San Isidro (dans la banlieue de Buenos Aires) mais surtout le projet culturel le plus transcendant du XX ème. siècle en Amérique latine. Aujourd'hui ce projet international articule autour d'un dialogue culturel entre l'Argentine, Amérique Latine et l'Europe, est en cours de réalisation.

Chronologie

1890
Naissance de Ramona Victoria Epifanía Rufina Ocampo, le 7 avril. Fille de Manuel Ocampo, ingénieur spécialiste dans la construction de ponts, ayant tendance à la mélancolie, et de Ramona Aguirre- surnommée « La Morena » ("la brune"), en raison de son visage créole- belle femme de l’époque, et mère affectueuse. Issus tous les deux de familles aisées de l’élite aristocratique. Victoria fut la première des six soeurs.

1891
Naissance d’Angélica Ocampo , la soeur pour laquelle Victoria éprouvera la plus grande tendresse : « Je ne concevais pas les jeux, les cours, les promenades, les repas, le sommeil, les rires, sans ma soeur ».
Inauguration de « Villa Ocampo » à San Isidro,dont la construction fut achevée un an auparavant ; actuellement, cette date est inscrite sur la porte d’entrée . Dans ces années là, la maison s’étalait de l’avenue Libertador jusqu’au fleuve (le "río de la Plata") .

1894
Naissance de Francisca ( Pancha ) Ocampo. Sur la demande de leur tante Vitola, les filles reçoivent une éducation très riche et stricte, avec l’apprentissage du français, de l’histoire, de la religion, de l’algèbre, de l’anglais, et de la musique. Victoria se montre réticente envers les mathématiques, mais fait preuve d’un talent remarquable pour la musique et la littérature.

1896
Premier voyage de toute la famille en Europe. En tant que famille aristocratique, ils prennent le bateau en amenant avec eux plusieurs domestiques, deux vaches (pour avoir du lait frais tous les jours), des caissons remplis de poulets et de poules. Ils restent en Europe un peu plus d’un an. Victoria écrit : « La France est née pour moi au moment où j’ai commencé à prendre conscience de ma propre existence : l’alphabet avec lequel j’ai appris à lire était français, ainsi que la main qui m’a aidée à tracer les premières lettres ». Elle passe par Londres, et se souviens dans son autobiographie : « Nous attendons le passage de la reine. Je suis déjà fatiguée et je m’ennuie. Enfin, arrive un carosse très beau. À l’intérieur, une vieille et grosse dame. Rien de plus. On appelle cela le Jubilé ». Naissance de Rosa Ocampo à Paris.

1897
Retour de la famille à Buenos Aires. Victoria devient une lectrice vorace : au début les contes de fées- « un des plus grands plaisirs de la lecture, c’étaient les larmes qu’elle nous arrachait »- plus tard, Jules Verne, Conan Doyle, Maupassant et Poe.

1898
Naissance de Clara Ocampo.

1901
Premiers écits de Victoria en français. Elle lit Phèdre de Racine, et le récite devant sa soeur et sa maîtresse. À partir de cet épisode elle comprend que le théâtre sera sa vocation frustrée. Son père ne cesse de répéter : « le jour où l’une de mes filles monte sur une scène, je me tire une balle et je me fais sauter la cervelle ».

1903
Naissance de Silvina Ocampo.

1906
Elle commence à entretenir une amitié épistolaire avec Delfina Bunge, à qui elle écrit de très longues lettres tous les jours jusqu’en 1911, lui confiant ses plus intimes préoccupations, et lui suppliant : « Veux-tu être mon amie ? Veux-tu m’écouter ?Me trouves-tu passable? (En français dans le texte). Arrive à Buenos Aires la troupe de théâtre française de Constant Coquelin avec la comédienne Marguerite Moreno, que Victoria commencera à admirer localement. D’après elle, cette actrice « surmontait le talent de Sarah Bernhart » largement. Elle convainc ses parents de l’autoriser à prendre des cours avec l’actrice en question, et dès lors elle considère que sa vie fut incomplète : « Renoncer à cette vocation fut pour moi une déchirure » et, ajoute-t-elle : « Je suis née pour pour jouer des rôles...le far niente, auquel je suis condamnée me tue ».

1907
Elle rencontre Bernardo de Estrada ( Monaco) issu d’une famille aristocratique dogmatiquement catholique et conservatrice. Elle tombe amoureuse en même temps que les doutes sur le mariage l’envahissent : « Peux- tu m’imaginer enterrée sous le poids des préoccupations domestiques ? », écrit-elle à son amie Delfina.

1908
Elle voyage en Europe avec sa famille, et elle y reste pendant deux ans. Fani, la servante qui l’accompagnera toute sa vie, commence à travailler dans la maison.
Victoria assiste à la Sorbonne, étudie Dante, et suit les cours de Henri Bergson.

1909
Elle voyage en Angleterre et en Écosse avec Angélica , son oncle et sa tante, les Urquiza. : « L´Écosse entière habite en moi, avec ses cornemuses, ses tartans, le lac Lomond Halyrood, Melrose et Walter Scott ». Début d’une relation d’amitié avec Maurice Rostand (le fils d’Edmond).

1910
Portrait de Victoria réalisé par Dagnan Bouveret ; Victoria tient dans sa main un livre de Samain que Monaco lui avait offert avant qu’elle parte en Europe.

1911
Elle rentre à Buenos Aires. Clara Ocampo meurt de diabètes infantile

1912
Elle se marie avec Monaco Estrada. En décembre ils réalisent leur voyage de noces en Europe. Pendant la traversée Victoria lit une lettre de Monaco adressée à Don Manuel Ocampo, où son mari complice, lui assure que tous les délires de Victoria pour devenir comédienne disparaîtront dès qu’elle sera en ceinte . Victoria dit : « j’ai épousé un traître ».

1913
Elle assiste à Paris à la première représentation du Sacre du Printemps de Stravinsky, réalisée par les Ballets Russes de Diaghilev. Elle rencontre Ricardo Güiraldes et sa femme Adelina del Carril. Des années plus tard Güiraldes écrit son roman Xaimaca , dont le personnage principal féminin est inspiré de Victoria. Trois jours avant son anniversaire à Rome elle connaît Juliàn Martinez, diplomate et cousin de Monaco, défini par Mujica Lainez comme « le plus bel homme de l’époque ». « Au moment où je l’aperçus de loin, sa présence m’envahit…nous nous sommes à peine salués lors de cette soirée, parmi beaucoup de monde. Mais je le regardais comme si je craignais de ne plus jamais le revoir », écrit Victoria..

1914
Elle retourne à Buenos Aires. Elle s’installe avec son mari dans la maison de la rue Tucumàn, mais chacun vit dans un étage différent, et ils ne se réunissent que pendant les soirées en société, pour garder les apparences. Le prince Troubezkoy, reproduit en une sculpture un portrait de Victoria. La sculpture se trouve à Villa Ocampo. Victoria commence à lire Gitanjali de Rabindranath Tagore, dans la traduction de André Gide.

1916
José Ortega y Gasset arrive à Buenos Aires et rencontre Victoria : « Quand j’ai connu Ortega je fus stupéfaite par son intelligence effervescente que je buvais avec parcimonie, pour sentir le pétillement d’eau minéral qu’il me produisait ». Ortega de son côté fut ébloui face à cette « Giocconde des Pampas ».

1920
Elle publia son premier article dans le journal la Nacion de Buenos Aires intitulée « Babel », où elle traite des inégalités entre les êtres humains. Séparée définitivement de Monaco Estrada elle vit toute seule dans un appartement de la rue Montevideo et commence une relation avec Juliàn Martinez qui va durer treize ans. « Un mariage secret mais réel » pour reprendre les mots de l’écrivaine M.E Vàzquez.

1921
Encouragée par Juliàn Martinez elle écrit « De Francesca à Béatrice », travail publié par Ortega y Gasset en 1924 dans la Revista de Occidente.

1924
Rabindranath Tagore arrive à Buenos Aires. Il loge à Miralrio, maison de campagne de Victoria à proximité de Villa Ocampo, où elle emménage pour être plus près du poète. Victoria prend soin de lui inlassablement. Elle commande chez Paquin, le couturier à la mode, deux tuniques et envisage même de lui acheter une villa en Italie, pour le repos du maître .
Ernest Ansermet arrive pendant l’hiver pour diriger un concert de Debussy. Victoria s’intéresse à lui et réussit à le faire rester pendant trois saisons dans la ville

1925
Tagore quitte Buenos Aires. Victoria participe en tant que comédienne à la première représentation du Roi David de Arthur Honegger.
   
Réponse avec citation
  (#2) Vieux
Milenia Déconnecté
Administrator
 
Messages: 296
Date d'inscription: janvier 2008
Par défaut 06/01/2008, 21h27

1929
Elle inaugura la maison de la rue Rufino de Elizalde située dans le quartier de Palermo, construite par Alejandro Bustillo. Victoria écrit « l’architecture moderne me semblait être un des signes les plus révélateurs de notre époque ». Les voisins la critiquaient et craignant qu’elle rompe avec la beauté du quartier. Victoria voyagea à Paris pour rencontrer Keyserling qui se montre mal aimable et fait preuve d’une pédanterie désagréable. A Paris elle rencontre aussi Pierre Drieu La Rochelle qui lui dit « tu es la plus belle vache de la pampa ». Première lecture de A room of one’s own de Virginia Woolf. Victoria retourne à Buenos Aires pour préparer les conférences de Keyserling. Ce dernier, vexé écrirait plus tard dans son livre Méditations sud-américaines : « ma pérégrination en Amérique du Sud fut pour moi une descente dans le monde souterrain ». Victoria connaît Eduardo Mallea et Waldo Frank qui insistent à plusieurs reprises sur l’idée de fonder une revue.

1930
Manuel Ocampo meurt le 18 janvier. Victoria va à Paris où elle organise une exposition des œuvres plastiques de Tagore. Elle rencontre Jean Cocteau, Jacques Lacan, Ramon Gomez de la Serna, Leo Ferrero, Le Corbusier parmi d’autres personnalités. Elle voyage aux Etats Unis et en Amérique Latine. Elle rencontre le cinéaste Eisenstein. Elle retourne à Buenos Aires.

1931
Fondation de la revue Sur . Le nom est suggéré par Ortega y Gasset lors d’une conversation téléphonique. Bioy Casares dira : « Sur constitua un défi pour elle, tout comme si elle se frayait un chemin dans la jungle ». Dans cette revue écriront plusieurs des écrivains les plus importants du siècle : André Gide, Thomas Mann, Eliot, Malraux, Henry Miller, Octavio Paz, Borges. Elle voyage en Espagne et visite les prisons espagnoles.

1933
Elle fonde la maison d’édition Sur pour diffuser la meilleure littérature de l’époque tout en essayant de financer la revue. Le premier livre publié fut le Romancero Gitano de Federico Garcia Lorca. Ensuite seront publiés des textes de Mallea, Onetti, Alfonso Reyes, Horacio Quiroga, Bioy Casares, Huxley, Jung, Virginia Woolf, Nabokov, Sartre, Kerouac, Camus. Cortazar dira : « Sur, nous aida beaucoup, nous les étudiants qui dans les années trente et quarante essayions de trouver notre chemin… ». Octavio Paz écrit : « Victoria représente plus que çela. Elle est la fondatrice d’un espace spirituel. Parce que Sur n’est pas seulement une revue ou une institution : c’est une tradition de l’esprit ». Monaco meurt.

1934
Elle voyage en Europe avec Eduardo Mallea. Mussolini la reçoit dans le Palazzo Vanezia. Victoria est impressionnée par son regard « attirant comme la flamme d’une cheminée dans une chambre ». Elle connaît Virginia Woolf à Londres, qui plus tard affirmerait avoir connu « l’opulente beauté de la millionnaire de Buenos Aires ». Victoria nourrissant l’imagination luxuriante de l’écrivaine anglaise sur Buenos Aires, lui offre une boîte en verre avec des papillons. Victoria joue dans Perséphone de Stravinsky au théâtre Colon, expérience qu’elle renouvellera à Rio de Janeiro. « Perséphone constitue le souvenir le plus douloureusement heureux de ma vie. Je dis Douloureusement parce que j’aurais aimé continuer à faire ce genre de choses : ce que j’ai fait de mieux dans ma vie », avoua-t-elle lors d’un interview.

1935
Ramona Aguirre, la Morena meurt.

1939
Arrivée de Roger Caillois, diffuseur de l’œuvre de Borges en France. Caillois aidé par Victoria, commença à traduire et à publier plusieurs des écrivains latino-américains.

1942
Victoria emménage définitivement à Villa Ocampo.

1943
Elle voyage aux Etats Unis invitée par la Fondation Guggenheim pour donner une série de conférences. Elle remplace l’habituel voyage en bateau par l’avion.

1946
Elle assiste au Procès de Nuremberg. Le 26 juillet Péron promet dans un discours d’accorder le droit de vote aux femmes. Pour Victoria c’est aberrant d’obtenir le vote par l’intermédiaire d’un gouvernement antidémocratique..

1951
Elle voyage en Europe. Les péronistes marquent d’une croix la porte d ‘entrée de Villa Ocampo, ce qui désigne Victoria comme une « oligarque dissidente ». Craignant que l’on perquisitionne sa maison de San Isidro elle envoie chez ses amis une série de valises remplies de lettres.

1952
Elle commence à écrire son Autobiographie et demande explicitement qu’elle ne soit publiée qu’ après sa mort.

1953
Le 8 mai, alors qu’elle se repose à Mar del Plata, la police perquisitionne sa maison et emmène Victoria comme prisonnière politique, à la prison du Buen Pastor. On perquisitionne aussi les bureaux de Sur . « En prison on avait l’impression d’être au fond du gouffre, je vivais ancrée dans la réalité ».

1958
André Malraux, qui visitait l’Argentine, loge à Villa Victoria. « Je ne connais pas de génie plus difficile à définir que celui de ce français né au seuil du XXème siècle » écrit Victoria..

1963
Elle voyage à Paris. Là-bas se font sentir les premières douleurs du cancer.

1968
Indira Gandhi arrive à Buenos Aires. Elle visite Villa Ocampo et à l’Ambassade de l’Inde, confère à Victoria le Doctorat Honoris Causa de l’ Université Visva Barathi.

1973
Victoria renonce au Fond National des Arts. Elle décide de donner Villa Ocampo à l’UNESCO, pour qu’elle soit « utilisée avec un sens vif et créateur, dans la production, la recherche, l’expérimentation et le développement des activités culturelles ».

1979
Elle meurt le 27 janvier à 9 heures du matin à Villa Ocampo. Borges écrit : « Dans un pays et à une époque où les femmes étaient génériques, elle eut le courage d’être un individu…Elle consacra sa fortune, qui était considérable, à l’éducation de son pays et de son continent…J’ai une grande dette envers Victoria personnellement, mais je lui dois beaucoup plus en tant qu’Argentin. »

1979 / 1984
Les six volumes de son Autobiographie sont publiés.


Villa Ocampo fut non seulement la mythique résidence de Victoria Ocampo à San Isidro, mais aussi le lieu de retraite de nombreux penseurs étrangers, parmi les esprits les plus remarquables du 20e siècle. La demeure, au début maison de vacances de la famille, fut ensuite la résidence secondaire des Ocampo pour le week-end, et devint finalement le lieu de résidence de Victoria, vers 1940.

Nous avons affaire au site d’un projet culturel unique dans notre pays et en Amérique latine: à l’importance architecturale, au mobilier et à la bibliothèque de Villa Ocampo, s’ajoute une dimension historique fondamentale, étant donné que, pendant un demi-siècle, les principaux acteurs du 20e siècle, furent accueillis dans ce lieu.

Des intellectuels prestigieux, argentins et étrangers, tels que Graham Greene, Roger Caillois, Waldo Frank, Alfonso Reyes, Albert Camus, André Malraux, Aldous Huxley, Maurice Ravel, Walter Gropius et Jorge Luis Borges, parmi beaucoup d’autres, sont allés à Villa Ocampo pour rendre viste à Victoria. Et là, dans les discussions, les débats et les lectures, se sont forgés les idées et les projets les plus importants de l’époque. Dans ce forum de la pensée internationale que fut Villa Ocampo, Victoria et son groupe —qui par moments évoquent l’atmosphère du groupe de Bloomsbury— ont lutté pour la défense d’une pensée libre, à une époque où les pays latino-américains étaient ébranlés et tiraillés par les gouvernements militaires et les dépressions économiques.

Ce furent des années d’intenses projets culturels; et c’est Villa Ocampo qui les a vus naître.
   
Réponse avec citation
  (#3) Vieux
Milenia Déconnecté
Administrator
 
Messages: 296
Date d'inscription: janvier 2008
Par défaut 06/01/2008, 21h27

Par Ivonne Bordelois

La revue Sur, sœur de la maison d’édition Sur, fut le témoin et la scène privilégiée entre 1933 et 1971 (date à laquelle la revue cessa de paraître régulièrement), des avatars intellectuels les plus remarquables du XX ème siècle, et reste comme un illustre exemple de l’espoir et de la vision dénouée d’une créole au talent et au flair prodigieux, qui sut détecter et concrétiser certains des courants et des questions les plus significatifs de son époque.

Aidée par une équipe d’hommes de lettres qu’elle sut choisir parmi plusieurs inconnus, Victoria Ocampo développa le projet de Sur comme une aventure de la pensée libérale à une période tourmentée qui précéda la Seconde Guerre Mondiale. Contrairement à cette fausse tradition qui l’entoure, elle fut non seulement une généreuse hôtesse et une traductrice de la pensée européenne et nord-américaine en Argentine, mais aussi une puissante émissaire des lettres argentines et latino-américaines dans le monde, déjà globalisé avant même d’être désigné ainsi.

Sur fut avant tout un espace de rencontres internationales et un forum d’écritures et de lectures d’un excellent niveau, destinées à déchiffrer « l’air des temps ». De Rabindranath Tagore à André Malraux , de Graham Greene à André Gide en passant par Aldous Huxley, de Jules Supervielle à Alfonso Reyes en passant par Dylan Thomas, toute une constellation de noms indispensables illumine les pages de cette revue d’une longévité exceptionnelle. C’est ainsi que Gabriela Mistral écrit à Victoria, avec raison et faisant preuve de justice : « Vous avez changé la direction de la lecture de plusieurs pays en Amérique du Sud ».

Même si la mission de Sur fut et est encore représentée quelques fois, à tort, comme « une entreprise de traduction », il ne faut pas oublier, par exemple, que la plupart des contes de Ficciones de Borges, parurent d’abord dans Sur. Non seulement Borges mais aussi Paz, Lorca, Alberti, Mistral, Neruda, Cortàzar écrivent dans Sur —ces noms d’ailleurs ne se rassemblaient pas souvent dans d’autres publications de l’époque. Sur ne fut pas seulement un récepteur mais aussi un émetteur : de même Victoria ne fut pas seulement un lectrice et auditrice, mais aussi locutrice et écrivaine.

Un autre préjugé présente Sur comme la facile tribune officielle des valeurs déjà établies, contre toute évidence. Lorsque Sabato et Bianco arrivent à Sur ils sont deux inconnus ; on peut dire la même chose de Murena et Pezzoni; en exagérant Borges affirme qu’il était aussi un iconnu; mais c’est indéniable que son nom arrive dans l’arène internationale grâce à Caillois et à Drieu La Rochelle, tous les deux collaborateurs de Sur et amis personnels de Victoria, qui font connaître Borges en France. Il en est de même pour des écrivains provenant d’autres pays: Michaux n’était pratiquement pas connu lorsque Victoria publie ses textes dans la revue; Caillois lui-même était un des brillants jeunes parisiens lorsque Victoria fait sa connaissance et au bout de plusieurs années il devient l’éditeur dont les livres seront lancés par les avions de la libération sur le territoire français, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

A vrai dire à sa naissance Sur chancelait entre le scepticisme des écrivains qui l’entouraient sans adhérer complètement à cette risquée entreprise. Seulement lorsque le bateau commença à naviguer sans problèmes, après avoir surmonté toute sorte d’écueils et avoir connu des inattendues ovations en provenance des horizons les plus divers et prestigieux, lorsque l’aventure se transforma en un fervent projet , les plus réticents montèrent à bord habilement et intégrèrent le rayonnement rutilant du succès national et international durement semé par Victoria. C’est ainsi que Ocatvio Paz put affirmer que Sur représenta la liberté de la littérature face au pouvoir.

Désormais, le rayonnement de Sur subsiste encore, comme une partie d’un hériatage auquel on ne peut pas renoncer. La revue constitue une porte unique entrouverte aux richesses et aux contradictions du XX ème siècle, et une clé certaine pour « inscrire notre énigme dans l’univers et entrer en communication avec lui ». Pourvu qu’elle soit aussi une clé qui aide à déchiffrer l’énigme de Victoria Ocampo —selon Paz, non pas comme une figure mythologique mais comme une femme douée de générosité, colère et imagination— et à prolonger sa mystérieuse énergie dans l’univers.

Victoria auteur d'essais

C’est un lieu commun pour la critique littéraire d’imaginer une Victoria ne cessant d’encourager les autres, se consacrant à plein temps —dans une typique posture féminine— au groupe qui l’accompagnait dans Sur, avant de se pencher sur son œuvre et d’examiner la curieuse et douloureuse tension qui la déchirait entre la création et l’encouragement de l’œuvre d’autrui. Si Victoria apparaît au moment où le féminisme —mouvement auquel elle a activement participé— octroie une place privilégiée à la femme, il est vrai aussi que même à cette période on choisit de définir la femme dans sa dimension nourricière plutôt que par son aspect créatif. Les femmes préparent le terrain sur lequel les écrivains créent, elles ne doivent pas constituer une menace pour eux, ni tenter de faire partie de leur monde ou de se substituer à eux: tel est le mandat impérieux que Victoria entend autour d’elle. Cette vision réductionniste de sa personne et de son œuvre attire notre attention, car elle se propage encore de nos jours, même parmi les plus progressistes de nos critiques.

Le fait que 25 ans après sa mort il n’existe pas d’études sur une œuvre aussi remarquable —pas plus sur l’œuvre même que sur son rapport à la littérature argentine du 20e siècle— que La Rama de Salzburgo, où Victoria fait le récit de sa relation avec Julián Martinez, est un détail révélateur. Victoria écrit installée dans la passion même, et la reconstruit avec un langage unique, dans une tradition curieusement dépourvue de grandes et vraisemblables figures amoureuses.

Il est intéressant de noter que lorsque Bioy et Borges se réunissent après sa mort pour dresser une sorte de bilan posthume, ils se voient obligés de reconnaître la vigueur de ce texte, tissé de feu, de lumière, de larmes.
   
Réponse avec citation
  (#4) Vieux
Milenia Déconnecté
Administrator
 
Messages: 296
Date d'inscription: janvier 2008
Par défaut 06/01/2008, 21h28

Victoria elle même signalait en faisant preuve d’humour que tous ses livres étaient posthumes, en acceptant le peu de poids qu’on accordait à son œuvre. Nous aurons toujours une dette envers elle: peu de choses sont parues dans notre pays sur son œuvre, mis à part les gloses qu’ont méritées ses Testimonios. Une tenace indifférence tourne autour de l’œuvre de cette femme à qui Gabriela Mistral a dit : «Depuis que j’ai lu votre premier livre, j’ai su que vous entriez dans l’écriture littéraire avec tout votre corps».

Et Gabriela se pencha particulièrement sur cet éternel va-et-vient de Victoria, qui dispersait ses dons et la soustrayait à sa mission. Ses lettres cristallisent l’urgence de trouver enfin une Victoria recueillie et concentrée, moins menacée par les pouvoirs de sa propre générosité : «Continuez le projet que vous avez entrepris. Mon Dieu, vous avez de quoi nourrir l’âme des pauvres. Vous êtes extrêmement riche; vous pouvez faire ce que vous voulez à l’endroit —physique ou moral— où vous vous fixez, où vous arrivez. Mais fixez-vous, restez, ne voyagez pas, ne vous abandonnez pas à l’inconstance, ne vous fatiguez pas, ne vous niez pas, ne renoncez pas».

Mise à l’écart comme muse ou femme d’affaires, comme traductrice ou mécène, comme journaliste ou interlocutrice privilégiée, comme femme aimante ou amie pleine d’attentions face à tout accident domestique susceptible de perturber le calme de ses illustres amis— se préoccupant aussi bien de l’accueil zélé de Rabindranath Tagore que de l’état des chaussures de Paul Valéry—, Victoria ne cesse d’écrire inlassablement. Elle écrit en voyageuse émerveillée et merveilleuse, en auteur et en comédienne, en observatrice infatigable de la nature et des insectes humains qui tant de fois nous perturbent. Comme le signale remarquablement Martínez Estrada, elle traverse, comme une branche dorée, la jungle où habitent les panthères et les léopards.

Elle écrit non seulement des articles et des livres, mais aussi —outre ses mémoires— une infinité de lettres —qui mises en recueil dépassent en volume le reste de son œuvre—, sans ambition mais en faisant preuve d’une remarquable ténacité et d’un instinct inflexible; Victoria écrit entourée de silence.

Généreuse comme elle l’est, elle ne se lasse pas d’enfoncer un stylet très aigu dans les fissures des hommes glorieux. Ces instantanés impitoyables sur les génies et les apprentis génies qui l’entourent sont mémorables :

«Lacan me semble être un petit Napoléon» ; «Ravel semblait ignorer Ravel» ; «Borges ne mérite pas le talent qu’il possède» ; «Noailles était un mélange de cygne et de serpent» ; «Simone de Beauvoir, qui me donnait des cours sur le féminisme de Virginia Woolf, ne connaissait pas Trois Guinées». Sans oublier cette radiographie de sa relation avec Caillois quand elle lui écrit : «Peut-être ne connais tu pas encore l’étendue du domaine que nous avons cultivé. Toi aussi, tu m’as offert des choses. Peut-être pas celles que je m’attendais à recevoir. Les dieux m’ont protégée.»

Si ces définitions mémorables sont tombées dans l’oubli, c’est parce que l’on réduit Victoria au rôle d’admiratrice perpétuelle, de consolatrice sans égal, d’amie dévouée et inconditionnelle. Le fait que toutes ces vertus —qu’elle a incarnées à tant d’occasions— n’aient pas terni sa puissante capacité critique, aussi lucide que foudroyante, dément l’image classique d’une Victoria amicale, frôlant la naïveté. Mais l’heure de sauver les dons critiques d’une femme qui connaissait beaucoup plus la littérature que les théories littéraires, et la générosité beaucoup plus que la déconstruction, est arrivée, heureusement.

Musique

“Victoria Ocampo a puissamment influencé la musique argentine, que ce soit depuis son poste de membre du directoire du Théâtre Colón, ou bien par l’aide inconditionnelle qu’elle fournit au groupe Renovación”, écrivit Jorge D’Urbano. La musique entra dans la vie de Victoria quand elle était encore une enfant. Ce fut sa tante Mercedes —qui avait fait des études de musique à Paris et qui avait l’habitude de jouer du piano à la Villa Ocampo— qui lui fit découvrir la musique de Chopin. L’enfant fut émue jusqu’au délire : “J’avais l’impression que cette musique me pressait le coeur jusqu’à changer sa forme. Ou peut-être, au contraire, qu’elle le serrait jusqu’à découvrir sa forme, en un plaisir douloureux”. Puis elle se prit d’enthousiasme pour Fauré et Debussy. Lorsqu’un membre de leur famille mourait, les Ocampo avaient l’habitude de fermer leur piano a clé pendant quelques jours.

Victoria ne comprenait pas le sens de cette interdiction, car pour elle la musique “était le refuge naturel pour ces moments-là”.

En 1924, le chef-d’orchestre Ernest Ansermet arriva à Buenos Aires, et Victoria se consacra ardemment à le convaincre de rester dans la ville pour travailler avec l’Association du Professorat Orchestral (APO), à laquelle elle fournissait une aide financière. Alors, “pour la première fois, notre public put entendre non pas seulement Debussy et Ravel, mais aussi Prokofiev, Honegger, Stravinsky, Falla, Malipiero...”, raconte Vázquez. À la première représentation du Roi David de Honegger, Victoria interpréta, en français, avec une diction parfaite, le rôle de récitante. Elle “fut tellement sensationnelle qu’elle écrasa tout le spectacle”, souligna Madame Castro. ??? (dire de qui il s’agit). Elle le refit quelques années plus tard, dans la Perséphone de Stravinsky. En 1930, elle se rendit à New York. Victoria fut émerveillée par la passion spirituelle de la culture noire et passa les nuits de son séjour au Cotton Club, pour entendre Duke Ellington. Au milieu des années soixante, à son retour à Londres, Victoria se montra très enthousiaste pour des jeunes gens dont elle avait la certitude qu’ils marqueraient leur époque: c’étaient les Beatles.

La mode

Il existe une photographie de Victoria Ocampo, où d’un air hautain on la voit traverser la rue, et défier le trafic. Elle porte un pantalon et un manteau avec une fourrure. Car Victoria, aimante de la mode, cherchait surtout à être à l’aise et défiait les habitudes des autres femmmes de l’époque qui pensaient que les pantalons étaient encore réservés aux hommes.

Sylvia Marlowe se souvient qu’un jour, vers les anées quarante, Victoria sortit manger le midi à New York, en compagnie de l’éditeur Alfred Knopf; mais lorsqu’ils arrivèrent au restaurant, le gardien refusa de les laisser entrer sous pretexte que la femme portait des pantalons en flanelle.. « Elle semblait ne jamais porter des jupes lors de ses voyages », note Marlowe.

Mais les idées féministes de Victoria, ne l’empêchaient pas d’admirer Coco Chanel. Lors de ses passages à Paris, elle avait l’habitude de se rendre à la maison Chanel pour commander quelques habits et dans son Autobiographie, elle décrit avec précision le tailleur Chanel qu’elle porta pour sa première rencontre avec Keyserling à Paris : « un tailleur bleu marine, un pullover bleu, rose et marron ».

Victoria, admiratrice et défendeuse des droits de la femme de l’écrivaine Susan Sontag, dissentait avec l’américaine sur ce seul point. Sontag soutenait que les impératifs de la mode constituaient une frivolité et conseillait aux femmes de ne pas se préoccuper de leur aspect physique. Victoria souliganit alors : « ce serait dommage qu’on nous prive du spectacle d’une femme habillée avec du bon goût ».

“Même l’odeur de l’air qu’on respire là-bas —écrivit Victoria Ocampo, se réferant à Villa Ocampo— est mêlé à toute ma vie comme s’il était mêlé aussi à la vie de mes prédecesseurs ». Villa Ocampo fut, non seulement l’enclave des plus prestigieuses figures de la littérature et de la culture mondiale, mais aussi le dernier refuge de la vie de Victoria Ocampo. Une imposante maison liée à l’architecture écléctique de la fin du XIX ème siècle, diffusée à travers le style pittoresquiste anglais, que conjuga plusieurs sous styles (le franco-victorien par exemple). Située à Béccar, San Isidro, Villa Ocampo est aujourd’hui l’un des rares exemples existant encore des grandes maisons de campagne de la fin du XIX ème siècle. Entourée d’un jardin romantique qui dialogue vivement avec l’architecture, la maison donne sur les ravins de la côte Nord du Río de la Plata. Villa Ocampo fut construite en 1891 par le père de Victoria, Manuel Ocampo, un ingénieur de ponts et chaussées.

Sur les ravins de San Isidro la maison aux murs extérieurs peints en ocre rougeâtre, comme les palais romains, s’étale sur quatre étages de 450 m2 chacun. L’entrée principale, dont les mansardes à l’ardoise se font remarquer timidement entre les arbres, se réalise à travers un porche qui conduit vers un hall central, en passant par un vestibule avec des escaliers en marbre. Sur ce hall, plafonné d’un splendide vitrail, donnent les chambres principales orientées vers le fleuve. Sur la gallerie, une terrasse avec une balustrade, occupe tout l’espace, et offre une majestueuse vue sur le parc. La Villa Ocampo n’a pas de chauffage central car elle fut conçue pour que la famille s’y rende seulement pendant l’été. Lorsque Victoria hérita la maison, elle entreprit sa rénovation, avec une touche cocasse et moderniste: elle fit blanchir les murs pour les rendre lumineux, mais conserva intact l’extérieur. C’était une recherche de simplicité pour le bâtiment. Victoria fit don de Villa Ocampo à l’UNESCO en 1973, six ans avant sa mort. La maison a été classée Monument Historique National en 1997.
   
Réponse avec citation
  (#5) Vieux
Milenia Déconnecté
Administrator
 
Messages: 296
Date d'inscription: janvier 2008
Par défaut 06/01/2008, 21h28

“Bien que je me sois toujours considérée comme une citoyenne du monde, j’étais profondément attachée à mes ravins de San Isidro”, écrit Victoria en 1976, en se souvenant du jardin de Villa Ocampo, de ses promenades quotidiennes à travers les chemins parfumés par l’odeur des chèvrefeuilles et de ses tranquilles heures de lecture sous l’ombre des arbres. Le tracé originel du jardin de Villa Ocampo fut, ainsi que celui de la maison, l’œuvre de don Manuel Ocampo. À cette période-là, le jardin s’étendait de l’Avenue Libertador jusqu’au fleuve, le Rio de la Plata. Ce touffu et luxuriant espace vert —qui à l’origine comptait 15 hectares, et aujourd’hui 10.500 mètres, dont presque la moitié correspond aux ravins —source d’inspiration de nombreux poètes et musiciens, a surtout vu grandir Victoria. Dans cet espace se trouvent des arbres anciens, des ombus gigantesques, des chênes et des araucarias. À cette époque existait ce paradis, planté par Victoria elle-même; on affirme qu’elle avait l’habitude de réaliser, avec les fleurs du jardin, des petits bouquets couleur lilas, pour les accrocher au revers de ses tailleurs. Sur les murs de la résidence poussaient des eucalyptus, des magnolias, des cèdres dont les feuilles servaient à préparer le thé de sa sœur Angélica, des gardénias, et une gardenia thumbergia dont Victoria était très fière, constituée de fleurs comme les marguerites qui parfumaient l’air et qui poussaient majestueusement.

Quand Victoria n’avait pas encore déménagé à Villa Ocampo, et qu’elle habitait dans son appartement de la Rue Brasil avec Julián Martínez, elle avait l’habitude de couper les thumbergias de Villa Ocampo en grande quantité: elle protégeait les tiges avec du coton humide et les enveloppait pour les apporter chez elle : “J’arrivais, triomphalement, avec cette cargaison chez nous. Tout de suite le parfum du jardin embaumait les chambres.”

Le perron impérial relie la galerie arrière —avec ses colonnes symétriques et ses balustrades— au jardin qui s’étend derrière la maison et descend vers les ravins.

Au centre se trouve une fontaine de forme circulaire, axée sur l’escalier, qui jette de l’eau avec la nonchalance de quelqu’un qui ferait une sieste éternelle. Sur les côtés de la maison, parmi les arbres, les plantes rampantes et les arbustes, sont conservées une citerne en fer forgé et la statue d’une femme en marbre. Vers l’est, au bord du ravin, une gloriette en ciment de forme octogonale (dont les colonnes et les rampes simulent des troncs d’arbre) se dresse sur le fleuve. Victoria grandit face à ce paysage: “Dans mes ravins de San Isidro le fleuve était la prolongation de quelque chose d’autre: de l’herbe, de la boue; la prolongation de mon regard, de moi même: sans autre importance que celle de mes tresses oscillant au-dessus du cahier San Martín, à l’heure des dictées” écrit-elle en 1965.

Après la mort de son père, Victoria hérita de Villa Ocampo et se consacra à sa rénovation. Elle élimina le terrain de tennis et remplaça la terre battue par du gravier. Elle planta des espèces d’arbres autochtones, privilégiant les fleurs blanches, les arbres fruitiers et les parfums des fleurs. Deux Sainte-Rita, situées dans la galerie arrière et sur les côtés, ornaient avec splendeur la maison à cette époque. Et les dahlias qui poussaient là emplissaient Victoria de fierté : “Avez-vous vu quelque chose de semblable dans un autre jardin? demandait-elle aux visiteurs”. L’on affirme que personne n’aurait osé la contredire. Le chemin des voitures et des convois, qui descendait le ravin, est aujourd’hui coupé par une rue, et s’est transformé au fil des années en un tunnel vert: les pavés sont recouverts par les feuillages et par la lumière qui filtre entre les ramages.

Victoria grandit en compagnie de cette nature paradisiaque : ses voyages en Europe l’emplissaient de regrets : “Que de nostalgie ! Pourquoi voyager si l’on possède intérieurement le germe de toute la beauté du monde ?...quand je pense que là-bas c’est l’été, que le jardin est plein de fleurs, qu’il y a des pêches et un ciel bleu, je me sens malheureuse, exilée”. Dans une grande quantité d’écrits, Victoria témoigne de son amour et de son authentique communion avec la Nature.
   
Réponse avec citation
Réponse


Outils de la discussion
Modes d'affichage

Règles de messages
Vous pouvez ouvrir de nouvelles discussions : nonoui
Vous pouvez envoyer des réponses : nonoui
Vous pouvez insérer des pièces jointes : nonoui
Vous pouvez modifier vos messages : nonoui

Les balises BB sont activées : oui
Les smileys sont activés : oui
La balise [IMG] est activée : oui
Le code HTML peut être employé : non
Navigation rapide



Édité par : vBulletin® version 3.6.8
Copyright ©2000 - 2010, Jelsoft Enterprises Ltd. Tous droits réservés.
Version française #13 par l'association vBulletin francophone
vBulletin Skin developed by: vBStyles.com